Pourquoi les enseignants devraient utiliser des logiciels libres
Par Alain le mardi, mars 15 2005, 21:30 - Général - Lien permanent
Logiciel libre, logiciel propriétaire, éternel combat ! Si de façon générale je pense qu'il y a de la place pour tout le monde, logiciels libres et logiciels propriétaires, je pense aussi que les enseignants devraient tous utiliser un maximum de logiciels libres. J'essaye de m'expliquer dans le texte ci-dessous.
Je travaille dans une cellule de veille technologique au rectorat de l'académie de Strasbourg. Cela me donne l'occasion de rencontrer de nombreux enseignants (j'en suis un aussi) et d'échanger avec eux sur les bienfaits ou non des logiciels libres. Aujourd'hui j'ai échangé avec certains d'entre eux et cela m'a donné envie d'écrire cet article.
Je suis enseignant en mathématiques et dans cette matière sans doute plus que dans d'autres il est difficile de s'échanger des documents. Si j'écris dans Word je dois utiliser des macros qui ne sont pas compatibles avec OpenOffice. Et vice versa. Si j'utilise LateX je n'aurai surement pas beaucoup de collègues qui sauront modifier mon document...
Je ne vois donc que deux pistes de solutions à ce problème :
- l'académie achète à tous les profs et tous les élèves une licence de Word. Cela résoudrait tous les problèmes techniques. Mais il ne faut pas rêver ...
- Tous les profs utilisent un logiciel téléchargeable gratuitement, openoffice. Avec les macros Dmaths, l'écriture de formules mathématiques devient simple. Cela demanderait de changer des habitudes. Cela résoudrait tous les problèmes techniques. Mais il ne faut pas rêver ...
Bref ce problème aurait bien une solution si on était un peu utopiste, mais il ne faut pas rêver ...
Alors si, moi j'ai envie de rêver un peu, parce que si tout le monde utilisait les logiciels libres dans l'éducation nationale, cela résoudrait de nombreux problèmes :
- Aujourd'hui on échange essentiellement des documents avec nos collègues, nettement moins avec les élèves (les élèves ne font que lire nos documents, mais ne les modifient pas). En général les enseignants disposent de Word, donc pas de problèmes, la collaboration marche bien. A tel point que dans l'esprit de nombreux enseignants il est évident que tout le monde possède Word, y compris les élèves. Certes, beaucoup d'enseignants l'ont, mais combien légalement ? Mais demain on travaillera avec des bureaux virtuels ou des Espaces Numériques de Travail et on échangera beaucoup plus avec des élèves. Déjà que la fracture numérique est importante et que tous les élèves n'ont pas d'ordinateur, il faudrait en plus qu'on leur impose des logiciels propriétaires souvent très chers ? Ce serait tellement plus simple avec des logiciels libres, souvent gratuits. Et si nos financeurs mettaient leur argent dans de l'aide aux développement de solutions libres à la place de l'achat de logiciels propriétaires, on aurait des logiciels encore meilleurs d'un point de vue pédagogique.
- Quand je veux donner un document mathématique à un élève, je peux aussi lui donner le logiciel qui va avec. Le logiciel libre me permet de faire cela en toute légalité. Alors quand je parle de B2i à mes élèves et que je leur parle des droits d'utilisation des logiciels, je peux le faire sans arrière-pensées.
Mais pourquoi donc ne passe-t-on pas aux logiciels libres ?
Il y a tellement d'idées reçues à combattre. La première, la plus importante, celle que j'ai déjà tellement entendu, derrière laquelle tant de personnes se cachent (la majorité de personnes, et je ne jette la pierre à personne, je constate c'est tout) : "je n'ai pas le temps" ! Comme si utiliser openoffice prenait tellement de temps à apprendre ! Une fois qu'on sait se servir d'un traitement de texte, on sait se servir de tous les traitements de textes. Bien sur, il y a des adaptations à faire. La mise en page du document n'est plus dans le menu "Fichier" mais dans le menu "Format". Ouh la la, quelle difficulté insurmontable :-). Bon je caricature un peu, mais je ne suis pas loin de la réalité.
Une autre idée reçue que j'ai déjà entendu souvent : j'ai souvent eu l'occasion de faire des formations, de parler devant un public, que ce soient des élèves ou des enseignants. Et d'en profiter pour parler de logiciels libres. Et que me disent ces gens ? Oui, mais toi, tu ne dors pas, tu passes ta vie devant l'ordinateur, tu es fou, normal que tu saches te servir de ces logiciels. Alors oui, je suis fou, je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur, j'avoue, c'est mon crime. Mais de la à généraliser mon cas et à faire un lien avec une soi-disante difficultés de l'usage des logiciels libres c'est un pas à ne pas franchir. Mes amis autour de moi ne sont pas des fadas de logiciels libres, mais ils utilisent Firefox au lieu d'Internet Explorer et OpenOffice au lieu de Word. J'ai une amie à qui un collègue a installé Linux, elle n'y connait rien, mais elle s'en sert aussi bien que son ancien Windows. Un autre ami a installé Linux sur un ordinateur pour son père qui n'avait jamais eu d'ordinateur.
Mes amis ont été très faciles à convaincre. Il suffit de leur montrer Firefox. Il est tellement plus puissant et convivial que Internet Explorer. La navigation par onglet, une fois qu'on y a goûté, on ne peut plus s'en passer. Et quand on l'installe sur un réseau d'établissement scolaire, la plupart des enseignants ne se rendent même pas compte qu'ils n'ont plus Internet Explorer 
Quand j'ai commencé à réfléchir aux logiciels libres, je me disais que chacun devait faire son choix. Après tout, le monde des logiciels propiétaires cohabite très bien avec celui des logiciels libres. J'ai bien eu un moment dans mon salon un PC sous Linux, deux sous Windows et un mac. Et les quatres dialoguaient sans heurts :-). Aujourd'hui je ne peux pas dire que j'ai fondamentalement changé d'avis, mais quand même, disons que j'ai évolué un peu. Si de façon générale il y a de la place pour tous les types de logiciels dans notre société, les enseignants, eux, devraient utiliser des logiciels libres. Parce que quand on y réfléchi, on travaille pour nos élèves. Pour mettre un maximum de chances de leur côté, pour qu'ils puissent accéder à la culture, à l'éducation, il faut leur simplifier la tâche. Et les logiciels libres permettent de le faire.
Si vous êtes arrivé jusque là, c'est que vous êtes bien courageux
Merci d'avoir lu mes délires !


Commentaires
Bravo pour ce beau billet !
Connaissez-vous des écoles / collèges ayant des solutions edubuntu / majilux /ou autre système *nix en place ?
Je souhaiterai faire un reportage sur le vif...
Dans 3 des 12 écoles au sein desquelles je travaille, il y a un réseau sous Magilux, installé par JL Frucot, l'un des créateurs, et actuel collègue.
La première chose à faire dans notre métier, dès le CP, c'est d'être précis sur les termes. On utilise un traitement de texte et non pas word, par exemple. Un tableur n'est pas forcément excel et un navigateur efficace peut être konqueror ou opera voir même firefox (ie, je l'oublie il ne passe même pas les acid tests correctement).
Cependant, les commerciaux m$ sont très forts, car l'une des écoles repasse sous m$ par le biais d'un réseau cisco ( et ça ne fonctionne pas). La mairie a fait confiance à des professionels que l'on peut payer plutôt qu'à des amateurs qui recyclent des vieilles unités centrales plus ou moins hs en terminaux autour d'un serveur fait d'une UC donnée, avec comme seul coût les liens et deriv... bref entre 300 et 600 € de matériel pour 7 à 20 postes fiables.
Je suis un peu long... mais je voulais simplement témoigner que le chemin n'est pas sans obstacles.
Laurent